Des gens qui font le pont.
Parce qu’ils savaient qu’il y avait un pont à faire, eux.
Parce qu’ils n’achètent pas un agenda en septembre pour le poser toute l’année sur la télé.
Ce sont les gens qui s’en servent, eux. Et qui découpent le petit angle des pages en bas selon les pointillés au fur et à mesure. Pas une fois par an, pas pour faire tomber une fausse pluie de confettis sur le petit neveu dont ils ont oublié l’anniversaire. Ils n’oublient pas l’anniversaire, ils ont l’agenda.
Ce sont les même qui ont leur pass navigo incrusté dans leur sac, dans la poche prévue à cet effet, à côté de leur sac en tissu monoprix qu’ils n’ont pas oublié eux, qu’ils retrouvent facilement comme ils n’ont pas une boucle d’oreille esseulée, deux dépliants, et une culotte dans leur sac.
Ce sont eux, aussi, chez qui, quand vous allez dormir, il y a toujours des draps propres et une couette pour les amis. Ils n’ont pas 57 paires de chaussures importables eux, ils en ont 6 et ils disent c’est une folie j’en ai trop j’exagère.
Le matin, ils ne foncent pas au radar jusqu’à la cafetière sale, n’oublient pas d’enlever le filtre de la veille, ne piétienent pas un quart d’heure devant la cafetière pas branchée. Non. Ils mangent des céréales.
Ils n’ont pas un fond de vodka au congel, ils ont du vin. Souvent même, ils ont un vin et ils disent un vin, parce qu’ils l’appellent par leur nom de château, de région, de château de région, vous n’y comprendrez jamais rien.
Ils n’ont pas peur quand ça sonne à la porte d’avoir commis un crime dans une vie antérieure et d’être recherché par le FBI, ils savent que c’est leur colis La Redoute. Ils sont chez eux quand le colis arrive, eux.
