[Flûte à la fin.] Flûte, la rentrée.

Ça y est. Des hordes de bambins habillés de baskets neuves à scratch fraichement acquises au terme d’un ultime caprice infantile au rayon chaussure du Super U de Mortagne-au-Perche par des parents épuisés par deux mois de visionnages intensif de Dora l’exploratrice et de disputes incessantes au sujet de qui a balancé le premier paquet de Chocapic à la figure de qui et de qui a niqué le bouton R2 de la manette de playstation à coup de doigts pas nettoyés après la tartine de nutella, des hordes de bambins, donc, sont sur le point de faire leur rentrée des classes.

Or si le bambin a comme tout un chacun parfaitement le droit de faire sa rentrée des classes sans que quiconque lui jette le premier chocapic, on peut néanmoins déplorer le fait qu’il soit systématiquement de bon goût, pour une majorité d’adultes rôtis au soleil des plages espagnoles sur lesquelles ils ont pris soin pendant la moitié du mois d’aout d’abandonner leurs paquets de chips et leurs mégots de clopes- mais des Gauloises, parce qu’avec la crise il faut consommer français- une majorité d’adultes, donc, trouve systématiquement de bon goût de s’abandonner en cette fin de période estivale à une nostalgie de l’enfance, jalousant la rentrée scolaire du petit dernier, partageant à la cantonade ses envies de trousse en cuir et d’agenda, d’odeur de cahiers encore vierges de toute note au stylo rouge, de souvenirs de chemises coincées dans le pull, de cartables et de couettes, de bons points, d’encriers et de bonnets d’âne, et qu’il est de bon ton de se gargariser cette image d’Épinal jusqu’à la lie, la lie se situant en l’occurrence 3 semaines avant Noël, lorsque l’adulte devient dans sa majorité davantage obsédé par la taille de son découvert à la banque que par quoi que ce soit d’autre.

Oui, à la rentrée règne cette bienveillante nostalgie de l’enfance idéale perdue et c’est là que le mensonge entre gaillardement en scène car cette enfance parfaite, joliment niaise et pleine de naïves tâches de confitures n’a JAMAIS existé. Chers nostalgiques de la récré, ne vous rappelez-vous pas qu’alors, une tâche d’encre sur les doigts pouvait en un clin d’oeil vous fournir une réputation de sale petit cochonnou pour l’intégralité de votre scolarité, que le moindre faux pas pouvait vous voir affubler d’un surnom qui hanterait à jamais votre vie et heurterait pour l’éternité votre niveau de confiance en vous, qu’une moquerie lors d’un passage au tableau devant une classe hilare suffisait alors à vous déstabiliser pour toujours, vous poussant qui sait plus tard à une addiction profonde aux tests psycho des magazines ou à un type de pornographie prohibé, voire à faire de vous un dangereux détraqué mi-homme mi-chien sauvage, errant de ville en ville à la recherche d’une silhouette de l’Education Nationale à déchiqueter entre vos crocs rageurs d’ancien enfant envoyé au piquet pour une faute qu’il n’avait peut-être qu’à moitié commise ? Chers nostalgiques des marelles et des concours de billes, cessez de vous voiler la face en caressant négligemment la bretelle en polyester d’un sac de piscine décathlon au rayon 8-12 ans, vous vous MENTEZ. Flûte à la fin.


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8 Responses to [Flûte à la fin.] Flûte, la rentrée.

  1. Olivier dit :

    Sans doute.
    Mais on pouvait se droguer sans vergogne.

    A la colle Cléopatra.

    Et c’était bon

  2. Aimé dit :

    Fille spirituelle de Desproges, je te salue bien bas et ai ri aux éclats (comme souvent lorsque je me promène par ici). Klaire fait mouche !

  3. Pingback : Les bons plans de la rentrée | Carnets d'une flaneuse parisienne

  4. Klaire dit :

    Saymal la drogue.

  5. Klaire dit :

    Merci ! :)

  6. Muzikals dit :

    Oui quoi c’est vrai ça, cessons de nous VOILA la face quoi … sisi, c’est comme ça que c’est écrit à la fin :D

  7. cali rezo dit :

    On ne pouvait mieux dire ; et je plussoie avec le côté Desproges car j’ai moi-même spontanément lu ce texte avec dans ma tête la voix dudit Desproges (:

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