Très cher Oscar.

Très cher Oscar Pistorius.

Je vous le dis comme je le pense : cessez de nous prendre pour des moulettes.

Sans déconner, Oscar, avec tout le respect que je vous dois, nonobstant le fait que vous portiez le nom d’une statuette prisée des cinéphiles, vous n’assurez pas tellement un kopeck en matière de scénario rocambolesque à rebondissements multiples.

Car voyez-vous, Oscar, j’ai bien réfléchi. Ça m’arrive parfois entre un épisode des Experts Miami et un subway-salade-tomate-oignons.

Vous mangez des subway-salade-tomate-oignons parfois, Oscar ? Non, ne me répondez pas, vous risqueriez de vous enfoncer un peu plus dans le mensonge, et voyez-vous, ici en France, entre nos problématiques cahuzo-helvétiques et nos cours fluctuants de la revente d’oeuvres d’art de l’Intérieur, question bobards, apprenez que la coupe est tellement pleine qu’elle est pas loin de dégobiller.

Je sais bien qu’à côté de ça, de votre coté, vous n’y êtes pas pour grand chose, mais je vous dépeins le contexte, Oscar, vous devriez savoir que c’est important le contexte quand on tente de ficeler des scénario. Et ne me broutez pas à venir m’expliquer qu’on dit scenarii, Oscar, ou c’est mon salade-tomate-oignons à travers le museau. Bon.

Donc voyez-vous Oscar, j’ai bien réfléchi, et tandis que je mordais une tranche de tomate aussi goûteuse qu’une ramette de papier monoprix, votre petit stratagème m’est apparu.

Vraiment Oscar, je ne vous félicite pas. Vous êtes allé trop loin. Je m’explique.

Que vous ayez procédé à la découpe de vos propres membres inférieurs alors que vous n’étiez qu’un foetus dans le but évident d’attirer l’attention des médecins et de votre petite famille, en espérant obtenir le droit de regarder davantage d’épisodes de Dora l’exploratrice et du rab de mousse au chocolat à la cantoche, passe encore, Oscar, vous faites bien ce que vous voulez.

Que, las de ces avantages trop insuffisants pour contenter la fringale démesurée de votre égo racoleur, vous parveniez à devenir champion d’une discipline de course à pied sans pied dans le but vénal de vous attirer l’admiration de spectateurs ébahis par votre courage et par extension le soutien financier de sponsors pour qui votre combo amputation-champion représente plus ou moins le saint- graal du marketing, afin de faire tomber sur vos épaules auréolés de gloire une incalculable pluie de dollars, passe également. Que celui qui n’a jamais rêvé un jour de commander un salade-tomate-oignons king size sans même regarder à la dépense vous jette la première pierre, Oscar-.

Que, passée l’exaltation des derniers Jeux Olympiques, vous vous soyez senti fatalement retomber dans un oubli médiatique terrifiant, et, dans un geste désespéré, ayez décidé de mettre théâtralement fin à la vie de votre petite amie lors de la dernière Saint-Valentin, braquant de nouveau sur vous les objectifs de la planète entière, Oscar, passe également. Le 14 février est un passage cruellement difficile pour tout un chacun, et notez même, Oscar, qu’un certain nombre de vos contemporains vous a probablement envié au moment de régler l’addition de deux Menu Lovers de Chez Jacky qui franchement ne valaient pas particulièrement leurs 72 euros chacun surtout avec le champagne en supplément et n’allez pas me dire que c’est une ribambelle de coeurs en papier crépon dans le couloir des toilettes qui pèse sur les coûts. Enfin, bon.

Mais la suite, Oscar, n’est pas pardonnable, bien qu’il faille reconnaître que vous ayez mis du coeur à l’ouvrage.

Je ne suis pas ingrate, c’est vrai, quel travail ! Quelle abnégation ! On devine qu’il vous a fallu de longs mois pour infiltrer des réseaux terroristes, qu’il vous a fallu prendre de grands risques dans un milieu de malfrats, tout en jonglant avec votre propre procédure judiciaire ! Quel labeur !

L’idée n’était pas idiote, Oscar : faire procéder à des explosions criminelles en plein marathon américain pour – on devine la suite- d’abord rendre visite quelques semaines plus tard aux victimes amputées de cet attentat sportif, puis compatir devant les caméras de télévision. En tant que sportif d’abord, en tant que victime de pertes des membres inférieurs ensuite ! En tant que modèle du dépassement de soi, surtout ! Qui mieux que vous pour incarner l’espoir, pour ces victimes, de courir un jour à nouveau, paré de prothèses futuristes fendant le vent comme un doigt d’honneur au terrorisme mondial !

Vous, vous auriez ri en silence de leur ignorance, parce que ce terrorisme mondial… c’était vous, je me suis dit en cherchant la moutarde.

Quel plan ! Bien sur, Oscar, vous saviez que l’Amérique touchée au coeur se chercherait un héros : vous seriez ce héros ! Et ni une ni deux, vous seriez parti à la conquête de la présidence ! Évidemment, vous n’êtes pas américain, il aurait fallu régler ce détail, mais après tout, un héros de la prothèse, en pleine Amérique de l’amputation, les électeurs n’auraient pas été trop regardants, vous disiez-vous !

Vous auriez fait la une de Time Magazine. Sur votre gauche, un survivant de Boston. Sur votre droite, un GI ayant laissé un membre en Irak. Beyoncé vous aurait peut-être écrit une chanson. « No leg, one heart« , ça se serait appelé.

Vous auriez réussi, Oscar. Des années de présidence, des foules d’enfants scandant votre nom, probablement un Prix Nobel, le pape François vous rendant visite à la maison blanche pour un brunch dominical aux côtés de votre épouse Rihanna, s’arrachant même solennellement une cuisse ou un morceau d’oreille en votre honneur !

Et personne n’aurait jamais rien su !

Seulement voilà, mon petit Oscar, c’est embêtant pour vous mais j’ai réfléchi et je vois clair dans votre jeu. Je m’en vais balancer votre petite manigance criminelle au monde entier, Oscar, je m’en occupe dès que j’ai fini mon subway. Vous êtes cuit, Oscar.

Alors arrêtez de nous prendre pour des moulettes, et commencez à préparer votre défense, mon petit lapin.

Parce que comme on dit dans le milieu : « Coïncidence ? Je ne pense pas. »

 

 

image crédit : Erik van Leeuwen (modifié) 

4 réflexions au sujet de « Très cher Oscar. »

  1. Actuellement a l’étranger depuis bientôt 1 an, ne pouvant pratiquer la langue de Molière ici qu’avec parcimonie….je suis ravi de lire ces quelques articles bourrés d’humour et…en français!!! Et ça manque de parler français!!! Elle est belle notre langue hein!!!
    Ça y est, blog dans mes favoris…c’est le deuxième article que je lis ce matin en étant tombé par hasard sur ce blog « grâce » à Facebook….J’ai pas l’habitude de laisser des commentaires (j’ai souvent poney), mais en ce bon samedi matin hivernal, cela me permet d’écrire quelques lignes en français et partager avec toi (oue ici on vouvoie pas, tu m’en veux pas hein) la bonne humeur que ces articles m’ont apportés pour la journée….Fais gaffe, me manque quelques effets de style et de subtilité et je lance mon blog;-)
    Blog très cool en tout cas, j’aime beaucoup le ton.

  2. Chère Klaire,
    Je trouve ça un petit peu pitoyable d’enfoncer un homme qui à dû subir de nombreux quolibets au cours de sa vie (genre Oscar, t’attends le bus, Pistorius, t’attends le car, je sais pas toi, mais moi ce matin, je suis sur les genoux, etc..), j’avais une tante qui s’appelait Josette et avait un prothèse de hanche et une pilosité intense et c’était pas facile tous les jours..
    Je vous met au défi de faire le même billet avec Usain Bolt, OK, il habite a 4000 km et vous vous dites, même pas peur, le 100 mètres en 9.58 S, si mes calculs sont bons, il est chez vous en 266 heures, c’est à dire vers le 36 Juin, ça vous laisse 12 jours pour faire un edit.
    En plus, il a pas eu la chance d’être sponsorisé par Nike et doit poser avec des lunettes toutes pourrites d’Aflfelou (enfin a ce que je vois sur votre photo), si c’est pas des circonstances atténuantes ça..
    Bref, je ne vous félicite pas (sauf si vous avez une prothèse de hanche et une pilosité abondante, parce que Klaire, c’est dûr à porter quand même)
    Bien cordialement.

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