Toilet Story

Tiens, eh, coucou, bah comme j’en parle dans le dernier épisode de Mycose The Night , je me suis dit que j’allais republier ce post de 2012. (Bah quoi y’a quoi, on est recyclage ou on est pas recyclage, la startup nation ?) C’est pour ceux qui voulaient savoir comment ça finit. Ah, et aussi, je vous le livre tel quel mais depuis, j’ai essayé d’arrêter certains mots comme « putain », si tu veux savoir pourquoi, va là.  (La meuf arrive à placer deux posts de blogs sans rien glander, cébo)

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08/02/12

Mon mec vient de partir au boulot. Je finis mon café. Je vais aux toilettes, je ferme la porte à clé. Réflexe inutile, réflexe quand même. La serrure reste dans les mains. En un demi quart de huitième de seconde, je comprends. Je hurle « NAAAAANNNNN » au ralenti, comme dans les films. Je ne sais pas pourquoi, mais je le jure, c’était au ralenti. Pas en noir et blanc non plus, faut pas déconner. mais ça aurait été classe. Attends. J’ai le morceau de serrure, peut-être qu’en le remettant dedans je pourrais… nan. Ça tourne dans le vide. Je suis coincée.

J’ai pas mon… non, j’ai pas mon téléphone. Merde, merde, merde. Qu’est ce qui pourrait remplacer le morceau de serrure pour l’ouvrir. J’ai quoi, là. Un spray d’Air Wick, un rouleau de PQ, des BD et les 2 derniers numéros de Capital. SUPER. Pour connaitre les meilleures enseignes à reprendre en franchise, c’est bien, mais pour jouer à Mac Gyver, tu repasseras. Puuuutain. Je réessaie la serrure. C’est mort. Putain. Pu-tain. Réfléchis. Je fais le point. Il bosse toute la journée et va voir le match de foot . Cliché, bonjour. Pas rentré avant minuit. Il est genre 9 heures du matin. Ça fait 15 heures à passer dans les chiottes. Sans danger, mais chiant comme pas permis. J’ai mangé deux pancakes ce matin, ça me laisse quelques heures avant de crever la dalle. Je réalise que je ne sais pas quelle heure il est en fait. Et que plus le temps va passer, moins je saurai. Ne pas savoir, ça m’angoisse. Je pense à découper des petits morceaux de Capital, et à faire deux piles. Toutes les minutes, je mettrais un morceau de coté, pour savoir à peu près l’heure qu’il est. Une pile pour les heures, une pour les minutes. Je pense à Titanic, pas au moment de la trace de main dans la voiture, mais au moment où la maman couche ses enfants en sachant qu’ils vont mourir. Génial. Je suis  en train de chialer, toute seule dans mes chiottes fermés, c’est bon, arrête, y’a des mecs qui crèvent la dalle dans la neige, franchement ton histoire de toilettes, museau. Est-ce que c’est vraiment le bon moment pour que les deux parties de mon cerveau s’engueulent. Serrez-vous les coudes dans l’adversité, les gars, merde. Bon. Je pense à des blagues. Dans ma tête, j’imagine la page 8 février de Wikipedia, et je rajoute « Journée internationale des latrines”. Je pense au logo d’une émission de TV-réalité où les candidats seraient enfermés aux WC.  Oui, dans ma tête, j’ai Photoshop, apparemment. Si je pouvais échanger contre une appli télépathie, là, je prends.

 

En temps normal, j’ai peur des gens. Je ferais tout pour éviter de parler à des gens IRL. Ca inclut rester coincée des chiottes, plutôt que d’essayer de contacter une personne humaine. Mais, 15 heures, 15 putain d”heures ? Alors je hurle. Je hurle un petit peu, d’abord. Qu’est ce que je peux hurler. « EST-CE QU’UN VOISIN M’ENTEND… euh… S’IL VOUS PLAIT ??? » C’est nul. Je crains totalement en hurlement. Je m’assois. Oui, ça me fait sourire, c’est les chiottes, je peux m’asseoir, je peux à peu près faire que ça, mais ça je peux. Je pense à tous les gens enfermés partout dans le monde, retenus en otage, et je rigole, parce que ça va, tes WC c’est pas Kaboul, alors ferme-là, apprends Capital par coeur, compte le nombre de lettre A dans le magazine, je m’en fous, mais ferme là, parce que si tu commences à comparer une connasse coincée dans ses chiottes avec Natascha Kampusch laisse moi te dire que tu mérites une paire de claques historique . Génial. Je suis en train de me menacer moi-même. Je me lève. Je vais hurler, et ne pas m’arrêter. Je cogne la porte. J’ai mal. Une porte, ça ne se défonce pas DU TOUT d’un bon coup de pied comme dans les séries. Elle a même pas une égratignure, la connasse. Ok, je jure d’arrêter d’être vulgaire si j’arrive à sortir. Je fais le maximum de bruit, et je pense aux chanteurs qui veulent chauffer la salle en gueulant « Faites du bruiiiiiiiiit » ce qui est complètement con, parce que ça ne m’aide pas du tout.
Je cogne le mur, la porte, et les tuyaux, je repense à me cours de théâtre, je respire par le ventre, je pose ma voix, je pense à plein de séries américaines, que si quelqu’un m’entend hurler il va peut être avoir peur, alors je dis où je suis et pourquoi je gueule,  je hurle je suis coincée dans l’appartement 36, j’ai cassé la serrure, j’ai besoin qu’un voisin contacte quelqu’un, voilà, en boucle. Je fais un boucan d’enfer, il doit bien y en avoir un en rtt aujourd’hui qui va m’entendre, je suis coincée dans l’appartement 36, n’empêche si on arrête les 35 heures, JE SUIS COINCÉE DANS L’APPARTEMENT 36, les gens ne prendront plus de rtt, JE SUIS COINCÉE DANS L’APPARTEMENT 36, et si les gens ne prennent plus de rtt , JE SUIS COINCÉE DANS L’APPARTEMENT 36, tu pourras compter sur personne pour te sauver, JE SUIS COINCÉE DANS L’APPARTEMENT 36 le fin des 35 heures c’est l’apocalypse pour les boulets dans mon genre JE SUIS COINCÉE DANS L’APPARTEMENT 36. Il y a quelqu’un. Une voisine. Je lui hurle l’adresse email de mon mec, puisqu’évidemment je ne connais aucun numéro par coeur. N COMME NOEMIE… A COMME… EUHH ARISTOCHAT…  Pour les exemples, j’aimerais trouver des mots qui ne laissent pas la place au doute. Mais des mots gentils aussi, des mots qui veulent dire « merci de me sauver ma journée, je suis un boulet je sais, et j’imagine que vous avez sacrément d’autres loutres à fouetter ». C’est dur de mettre tout ça dans un mot, mais Aristochat, c’est pas mal. Je case un Y COMME YAOURT.  Je pense que j’aimerais connaître le morse, et que c’est con, quand même, je l’avais appris quand j’étais petite pour jouer aux agents secrets, ça a du disparaître de ma mémoire au profit de mon code d’accès à mon compte en ligne, mon numéro de sécu, de pôle emploi, de carte bleu, et de quel coté du quai il faut se mettre quand tu prévois de descendre de la 11 à République. Je ne peux pas expliquer tout ça à la voisine en hurlant à travers la porte.
Une heure plus tard, un serrurier me libère. J’ai à peine eu le temps de lire la moitié de Capital. Je suis libre, soulagée, et… malgré tout, une petite partie de moi regrette de ne pas savoir. Savoir ce que j’aurais fait. Comment je me serais occupée. Ce que ça m’aurait apporté. Et surtout, combien de fois il y a la lettre A dans Capital.

Et ouais.
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38 réflexions au sujet de « Toilet Story »

  1. Alors Mam’ Muskin ça va mieux?
    M’étonnerai pas que ta voisine s’appelle Marie Thérèse.
    En gros, les wc étaient fermés de l’intérieur?
    Du coup tu es passé à côté d’une expérience humaine intense ,
    où Lost n’arrive pas à la cheville. :-)))

  2. Un grand moment de solitude, comme nous en avons tous connu, super bien raconté 😉
    C’est intéressant de voir que, dans ces moments-là, on se compare au monde entier et on se sent assez con.
    Et puis, enfin, la Délivrance (ô extase, malgré sans doute le fait de rougir quelques temps encore).
    Mais tout de même, je crois que dorénavant je m’assurerai qu’il y ait un tournevis en permanence dans ma salle de bain.
    Merci pour cette anecdote ! 😉

  3. (1er commentaire ici, je suis toute intimidée)
    Dans le même genre d’expérience magique, j’ai fait pire (mais moins long, j’aurais décablé avant) : enfermée dans des toilettes sur une aire de repos d’une route nationale, à la nuit tombante. Toilettes style bunker, et personne aux alentours. Panique, quelques appels au secours lancés, nul endroit où s’asseoir (wc public, je rappelle) J’avais mon téléphone (et aussi un réseau), les pompiers sont venus me délivrer (j’avais comme un peu honte).
    Depuis il n’y a pas un jour où je ne regrette pas d’en avoir parlé à certains proches…
    On fait un club ?

  4. Tu m’as fait tellement marrer avec ton histoire :’) Ça m’arriverait sans doute si mes toilettes fermaient et si je n’allait pas absolument PARTOUT avec un moyen quelconque de me connecter quelque part.

  5. Putain mais pendant tout ton récit je me suis sentie dans tes WC…ça craint ! T’as réussi à me faire vivre ton calvaire, incroyable… Franchement, se faire délivrer des chiottes par un serrurier inconnu au bataillon…moi aussi j’aurais la haine contre mon homme ! Ils ne savent pas le réconfort qu’il faut avoir après de telles épreuves, pff.

  6. Rhoooo la vache j’adore ! Tu sais que depuis qu’une mamie est restée des semaines enfermées dans sa salle de bains, je ne ferme plus la mienne à clé.
    Et comme j’entends le voisin du dessus flatuler le matin je me dis qu’il pourrait m’entendre aussi dans ces cas là !

  7. Bon ba alors j’exige ma carte du shame club, ça m’est arrivé au resto, un client a du aller prévenir un serveur, quand vous sortez de là il y a tout un public que vous n’avez pas envie de voir DU TOUT et là, le soulagement ne fait pas le poids face à la honte 😀

    bref, par contre j’aurai jamais pensé que ce soit possible de rendre ça drôle et palpitant, merci pour ces quelques minutes de rigolade !

  8. Comment s’enfermer pour de bon dans un lieu de délivrance. Si Freud avait pu vous lire. Par chance, Michel Onfray, peut-être ?
    En tout cas, merci, moi j’ai bien ri.

  9. Et dans l’esprit « comme dans les films », tu n’as pas chercher te faire un ami fictif avec la balayette a chiottes, pour combler ta solitude…(genre Wilson, le ballon-pote de Tom Hanks dans cette merveille cinematographique « Seul au monde ») … ? Tu aurais pu lui faire des yeux en boulettes de PQ coincés dans ses poils 🙂

  10. Bon, le lien Reply est méchant avec moi, donc je fais un vrai gros commentaire:
    @KlaireFr (en réponse à « NAN. Que dalle. Je suis colère, grave. ») : D’un autre côté, s’il était revenu pour appeler un serrurier, tu serais restée plus longtemps dans ton isoloir. Bon, tu aurais peut-être fini Capital 🙂

    Pour le tournevis, ça semble évident. D’ailleurs, la place de toute bonne boite à outils qui se respecte est dans les toilettes. Ne me demandez pas pourquoi, mais je ne l’imagine pas ailleurs quand on est en appartement.

  11. Le pire c’est que je vais aussi PARTOUT avec mon téléphone. Sauf cette fois-ci. Une petite plongée au temps de jadis-quand-on-avait-pas-de-portable, ça requinque !

  12. Désolé d’avoir ri. Sincèrement. Mais j’ai ri :).
    Autre solution miracle : un interphone dans les toilettes. Ça évite de se presser et d’en foutre partout quand quelqu’un arrive à l’improviste, ça anime des débats en soirée et tu peux t’amuser à faire passer ça pour un sèche-cheveux à tout(e) ceux (celles) qui te poseront des questions.

    Merci en tout cas d’avoir égayé mon après-midi !

  13. Bah retournes y ! Ce ne sont pas les occasions qui manquent…. ton ami imagino-secret t’attend ….. Confies lui que ton meck n’a même pas bougé son cul pour venir te délivrer… c’est une bonne oreille… (Naaaan je n’a pas d’ami imaginaire avec qui je fais ça… )

  14. J’ai beaucoup ri. Une histoire pareille m’est arrivée 2 fois.
    1) en prépa, la première semaine. Les toilettes étaient à l’étage inférieur dans un couloir où personne ne passait jamais sauf aux intercours. Comme toi, j’ai hurlé avec précision « je suis coincée dans les toilettes », 45 mn pour être délivrée quand même, quand j’étais revenue en cours, il parait que j’étais complètement rouge écarlate et à bout de souffle, j’avais ouvert la porte d’un coup: « excusez-moi, j’étais coincée dans les toilettes ». Le prof m’avait regardée avec beaucoup de méfiance
    2) à la maison de retraite, en visite pour voir la grand mère de mon mari. Le serrurier avait mis un certain temps à arriver, et j’avais apprécié l’aspect spacieux des toilettes pour handicapés. La directrice s’était excusée: « d’habitude, les pensionnaires ne ferment jamais, vous comprenez ».
    Enfin, c’était un temps avant le portable, où lorsqu’on était coincé, on était seul, de toutes les façons.

  15. Pour la partie de toi-même qui regrette de ne pas savoir, moi, âme charitable devant l’éternel (enfin, j’essaie) vais t’aider à soulager ta conscience. Je peux donc te dire avec certitudes qu’il y a deux A dans Capital : un vers le début, juste après le C, et un autre vers la fin, entre le T et le L. C’est la moindre des choses que je pouvais faire…

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