Contrats, slip et quinoa.

Et donc, je me dis, un énième extrait d’Hanouna qui donne envie de qu’est ce qu’on attend pour foutre le feu. Et donc, un énième tweet-combat, tropbienpensantstélérama VS fansdebaba, où rien ne gagne à la fin, si ce n’est la bêtise affligeante d’un camp qui viendra nourrir à grande lampée  le mépris arrogant d’en face. Les twittos-journalistos-éditorialistos du hashtag (genre : moi, en plus je mange du quinoa.) sont des #teampremierdegrés, des pas d’humour, des bobosriencompris, des pisse-froidpascharlie, des rageux-pour-rien.

Je vous refais pas l’histoire, ou plutôt si, mais rapidos, parce que le quinoa froid, moi bof.

Je n’ai aucun problème avec le divertissement, ni même avec le divertissement bas de gamme. Que Nagui fasse un jeu de karaoké ou qu’on se jette en combi-scratch sur un mur gonflable d’Intervilles, moi, ça me va, mais alors très, très bien. Même – écoutez, ce n’est pas facile à dire, mais voilà – j’ai même acheté le jeu de plateau Tout le monde veut prendre sa place, un jour de mon plein gré. (Pire, j’y joue et j’aime ça, même si depuis la dernière fois le plateau ne se replie plus bien, il y a du quinoa coincé dedans.)

Mais long story short, l’émission d’Hanouna est différente au sens où son pitch initial – soumettre les émissions de tv à la critique,  how ironic– n’est plus qu’un lointain prétexte pour mettre en scène dans une auto-fiction permanente son Altesse la reine des mouches et ses drôles de dames du slip Panzani.

 

A quasi chaque extrait que je vois, c’est évidemment la mise en scène des rapports humains qui est réellement devenu le coeur de cette émission : tel « chroniqueur » clashant untel, ou « pris au piège », ou sommé de révéler tel ou tel secret intime, touché, embrassé, adulé, clashé, bashé par ses pairs, néo-bully ou néo-bullied de cour d’école, dans un immense jeu de dupe prenant le téléspectateur pour un blaireau sur toute la ligne, et des lignes, il doit en passer pas mal pour s’auto-supporter dans cette expérience de Milgram 2.0. Une Comedia dell’Arte moderne, version scripted-reality, dans laquelle les « chroniqueurs » n’ont depuis longtemps plus aucune fonction de chroniquer quoi que ce soit, seulement celle d’accomplir son rôle : de râleur, de pédé-de-service-mais-quoi-on-rigole, de rabat-joie, de séducteur, d’intello-chiant, de gros-seins-petit-cerveau,  darladidadada, je sais rien de nouveau sous le soleil, et en plus il pleut.

Et donc, comme à chaque fois, cette sensation violente que eh ben sissi, c’est grave, et que non, ce n’est pas « que de la télé », mais alors pas du tout, tant pis si ça fait de moi la Princesse du Ragistant, faites vous plaiz, mais dire que « c’est juste pour rire » ne suffit pas à annuler le fait que c’est faux  : c’est important et c’est grave. Parce que les rapports humain et hiérarchiques qui se jouent en riant devant ces caméras font écho à un monde qui lui, est bien réel.

[edit : je n’avais pas vu avant d’écrire ce billet, mais hier il s’est aussi passé cette séquence malaishomophobisante, je laisse d’autres gens en parler]

Hier, dans l’émission, Hanouna fait courir ses « chroniqueurs » pour valider leurs contrats pour l’année  prochaine. Alors, ils courent, ils courent, et à ce prix-là, j’aurais peut-être pas été la dernière à courir. (Pas donné les paniers bio, svp). Contrats cachés, le premier qui trouve à gagné, mais sans déconner. Vraiment, ce n’est que de la télé ?

 

S’il fallait vraiment faire un dessin, disons que je prendrais mon crayon orange pour dessiner une usine qui ferme – je mettrais Bernard Arnault en gris dessus, j’ai jamais aimé le crayon gris, qui aime le crayon gris-, un code du travail qu’il est désormais de bon ton de vouloir brûler au milieu, les misérables 3 euros des chauffeurs Uber en haut dans un coin, le revenu-universel-des-doux-rêveurs-c’est-impossible sur le côté, la loi travail, des manifs, des policiers, des gens qui se suicident au travail, et je crois que ma feuille est pleine. Sur la libéralisation du travail, on peut débattre, mais nul ne niera que le rapport au travail, la vision de ce qu’il doit être, est au coeur des enjeux. La France vient d’élire un homme dont la vision du travail est particulièrement claire, ultraséduisante pour les uns, archi-dangereuse pour les autres.

Eh mais sans dec, nom d’un chien, quand vous mettez en scène les rapports socio-hiérarchiques, quand vous faites LITTÉRALEMENT courir des employés après un contrat pour tester jusqu’où il sont prêts à aller, ne vous rendez-vous pas compte à quel point vous normalisez -pire, transformez en objet de divertissement- l’humiliation que cela représente ? Où c’est juste que vous vous en touchez les macaronis ?
Capture d’écran 2017-05-19 à 09.30.07

C’est drôle -qu’est ce que qu’on se marre- quand même, dans ce monde-là, cette époque-là, d’avoir appelé cette émission « Touche pas à mon poste ». Oh bien sûr, ref Harlem Désir, bien sûr, sous-entendu mon « poste… de télé ». Mais tout de même, à l’heure où il n’est question que d’en supprimer, des postes, parce que tout de même, la dette, quel titre.

Oh c’est rien, juste qu’à l’indécence de ce vous faites, le miroir du titre est d’une ironie grinçante. Krrrin, kriiin. (Merde, j’ai jamais su faire le bruit du grincement)

Bientôt, peut-être, une télé-réalité, « touche pas à mon poste à l’hopital », on verra courir une sage-femme, une cardiologue, et un infirmier, le premier qui arrive au fauteuil roulant sauve son poste. (Idéalement, il faudrait que l’infirmier soit gay mais fasse son coming out sur le trajet et que la cardiologue ait des gros nichons.) Plot twist : Cyril Hanouna offrirait une voiture au perdant quand même, parce qu’il est gentil, ouf, ah si, même qu’il fait des dons à @LeRefuge donc il peut faire des blagues sur les homos, baquoi, on rigole.

Tout ça pour dire, encore et encore. C’est bête. C’est grave. C’est honteux. C’est impactant. En mal. Ce n’est pas « que de la télé ». C’est irresponsable. Mangez du quinoa.

Salut.

 

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10 réflexions au sujet de « Contrats, slip et quinoa. »

  1. D’accord avec ton article, mais tu prends des exceptions extrêmement rares pour des généralités. Dans les entreprises « normales », les gens ne renouvellent pas leur contrat tous les ans.
    Les gens sont en CDI, la plupart du temps.
    Et une personne en CDI ne peut pas être licenciée.
    Oui, oui, même si du jour au lendemain elle décide de ne plus trop travailler, mettant toute son équipe dans la merde.
    Même si son profil ou ses compétences ne sont plus en adéquation avec les projets de l’entreprise, quitte à mettre toute l’entreprise, et tous les postes de ses collègues, en danger.
    C’est ça la réalité. Pas celle qu’on te montre à la télé, mais celle que vivent tous les gens qui ne mangent pas forcément du quinoa dans leur grand loft de Montreuil.

  2. Ah, mon grand loft à Montreuil… mon dieu, si vous connaissiez la vérité, comme je pense que vous vous tairiez.
    Pour le reste, je ne vois pas l’intérêt du débat ici mais je laisse.

  3. Le méchant travailleur face au gentil patron.
    Franchement, le mieux pour l’entreprise c’est de virer tout le monde et que le patron se mette à souder de la taule!

    Moi je vais pas aller sucer la bite de mon chef pour garder mon poste.

    Par contre dire à tout le monde (Enfin les téléspectateurs de TPMP): la promotion canapé y a que ça de vrai. (C’est la première chose que le twit m’a fait penser)
    Je trouve cela puant.

    Et si c’est ce que tu vie ben, franchement change de boite, ton patron ne mérite pas autant d’attention.

  4. Ben, « les gens sont en CDI, la plupart du temps » doit émaner d’une longue enquête socio-démographique que vous avez mené car c’est votre spécialité donc votre métier, n’est-ce pas ? Ça ne serait pas une quelconque opinion hasardeuse née d’une déduction hâtive suite à une vision singulière et étriquée d’uniquement votre entourage ? Votre… appréciation… d’une situation que vous ne connaissez pas ? Parce que vu d’ici, ça en a tout l’air. Quand je travaillais dans une très grosse boîte, on était TOUS en CDI, SAUF : quelques intérimaires, quelques CDD. Et alors ? Puis j’ai quitté mon boulot (mon CDI !!!) pour devenir indépendant. Eh ben c’est vraiment drôle, aujourd’hui je me rend compte du nombre d’indépendants, de CDD, d’intermittents, d’intérimaires qu’il y a dans la vraie vie, en fait.

    Vous avez également dit qu’une personne en CDI ne pouvait pas être virée… Donc vous êtes également spécialiste RH ? Juriste, peut-être ? Non, là c’est pas possible, car c’est énormément faux. Déjà, il existe la faute lourde mais également la faute grave. Deux motifs réels et sérieux de licenciement. Rarement dur à prouver. Revenons une nouvelle fois à cette époque où je travaillais dans une très grosse boîte (je vous promets, vous la connaissez). Eh bien cette personne qui ne venait plus au travail, sans justificatifs, sans donner de nouvelles, s’est vue après quelques temps après notifier son licenciement pour abandon de poste. Il n’y a pas un mois, j’ai appris d’ex-collègues que les prud’hommes avaient donné raison à mon ex-employeur. Ainsi, quand on est en CDI, on doit venir remplir sa part du contrat, sinon celui-ci peut-être rompu. Sans indemnités. Sans salaire.

    Oh et puis, vous disiez sans doute ça car vous êtes aussi un spécialiste de la RH en audiovisuel : vous SAVEZ que les contrats en télé sont des CDI. C’est d’ailleurs pour ça que tout le monde et principalement TPMP parle du « mercato télé » : les animateurs vont et viennent, choisissent de rester car ils ont DES CDI. Mais bien sûr. Savez-vous au moins ce que veut dire le I ?

    Les gens comme vous, ou en tout cas l’image que vous me renvoyez de vous, vous parlez beaucoup de choses que vous ne connaissez pas. Vous tirez des conclusions à partir de situations que vous ne connaissez pas, d’à priori que vous considérez comme réalité, et de la dizaine de personnes que vous côtoyez de loin. Vous n’avez aucune, mais alors aucune idée de ce qu’est la réalité. Et vous parlez. Et vous donnez des leçons aussi. Sur des sujets que vous ignorez mais alors parfaitement. Et ce genre de personnes, ça me rend malade.

    Désolé Klaire, je connais mal votre site, je ne suis pas sûr que mon commentaire soit le bienvenu de par sa propension à envenimer les choses, alors que pourtant telle n’est pas mon intention. J’imagine que vous avez la possibilité de ne pas le laisser figurer et je vous comprendrai tout à fait. Dans tous les cas, je tenais à vous dire merci. Votre article est une merveille de perspicacité, de pertinence et d’intelligence. Chaque mot est efficace et vrai. Dans ce tumulte où chacun se lance des piques dégueulasses, votre article est, pour moi, celui de la raison. Merci car des gens comme vous, ça me fait vraiment du bien. Et votre plume est délicieuse, pas étonnant qu’elle soit si réputée.

  5. Ben : « une personne en CDI ne peut pas être licenciée ». Ah ouais, quand même. Énorme, celle-ci.

  6. Moi qui n’ai pas de télé, je suis à chaque effaré quand je vois ce genre de choses. Les histoires sur Hanouna sont toutes plus désespérantes les unes que les autres.

    Merci Klaire, il ne faut pas banaliser un tel degré de stupidité. N’oublions pas que les enfants qui regardent Hanouna (et il y en a !) n’ont pas le recul nécessaire pour « prendre cela comme une blague ».

  7. Bonjour, ca en est donc arrivé à ce stade la boite à coucou? Aucun regret d’avoir jeté la mienne il y a maintenant 7 ans. Le cdi comme sécurité de l’emploi alors celle la faut avoir les gencives en béton armé pour la sortir cella! Oui c »était valable il n ‘y encore pas si longtemps. Mais l’évolution récente du respect du code français du travail c’est un peu comme un voyage vers le sud du code de la route et de sa signalisation: en France il est impératif, en Italie il devient facultatif et en Egypte il est carrément décoratif!

  8. Merci Klaire! Hanouna est un mec immonde, on peut certe rire de tout mais l’humiliation dont il se délecte régulièrement est insupportable et intolérable. J’ose espérer que le CSA fera enfin son boulot! Et vive le quinoa!

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