Dans l’internet

Allez savoir pourquoi, je me suis demandée ce que devenait l’homme à la pelle. Mais siiii, l’homme à la pelle, en slip, LE mème automne-hiver 2015.

slipgate

Eh ben j’ai commencé doucement à chercher son nom, et j’ai réalisé que je ne savais pas -ou plus- DU TOUT ce qui s’était passé, pas la moindre idée de l’histoire autour du slipgate. Superficialité de notre consommation d’actu, bonjour.

Bon, à ma décharge, le pic de buzz de l’homme en slip date du 10 novembre, disons que nos cerveaux ont un peu mangé, derrière.

slip pelle google
Et là, le vrai mystère : qui sont les gens qui cherchaient « slip pelle » AVANT cet épisode ? Que cherchaient-ils ? Eh ben j’ai enquêté pour vous et c’est un peu décevant. Visiblement un « slip » est une chaussure qui s’enfile, et « pelle » signifie cuir en italien. Donc on trouve des godasses moches en cuir. Bon.

Mais donc, c’était quoi, cette histoire, à part l’équation slip+pelle qui fait le bonheur de tout twittosse en possession d’une version crackée* de photoshop  ?

*Un événement dédié aux pirates informatiques a-t-il déjà été intitulé « Ma cité va cracker » ? Faites-moi penser à vérifier.

En fait, c’était des militants pour la sauvegarde des oiseaux, qui s’étaient fait surprendre en pleine opé retirage de pièges illégaux par un chasseur, encore en slip mais aussi vénère que vaillamment accroché à sa pelle. Voilou.

(Voilà comment on en arrive tout à fait sérieusement à titrer ça : )bfm

Enfin bref,  je découvre qu’à la tête de cette asso se trouve Allain Bougrain-Dubourg.

C'est lui. J'ai pas trouvé le copyright de la photo donc si c'est à toi tu me dis.
C’est lui. J’ai pas trouvé le copyright de la photo donc si c’est à toi tu me dis.

Allain Bougrain-Dubourg, c’est un monsieur qui quand j’étais gamine, présentait une émission avec des animaux, je m’en souviens très bien à cause de son nom rigolo que tu tritures dans ta tête. En tout cas, moi, j’ai beaucoup trituré son nom dans ma tête. Allain Bougrain-Dubourg, c’était ma pâte à modeler.

Bon, ce n’était pas franchement notre truc préféré, les émissions d’animaux, mais comme on n’avait le droit de regarder la télé que chez mamie et lalala, on n’était pas non plus trop regardants sur le contenu, même si on préférait nettement quand c’était V qui passait. (Et là paf, qu’est-ce que je découvre à propos de V ?

V-wiki
Eh ben j’avais pas du tout capté, à l’époque, dis.)

(D’un autre côté, avec la Mamie qui essayait désespérément qu’on parle allemand à table, ça aurait ptet mis une ambiance un poil lourde ? Bon.)

Mais revenons à nos Bougrain-Dubourg, donc. Je découvre que le mec, s’il a fait pas mal de télé, est à la base vraiment un passionné de nature, d’animaux, et qu’il est actuellement à la tête de la ligue de protection des oiseaux, donc. Un passionné, qui sait transmettre parce que passionné, un connaisseur, qu’on a mis a l’antenne parce que connaisseur.

Logique, hein ?

Mais figurez-vous que ça me fait penser à un truc, et qu’il en est fini de ce procédé. Qu’est-ce-que j’ai pas vu passer cette semaine ?

figaro
Oui.

(D’ailleurs : ouuuuh le vilain clickbaiteur qui titre « Elle se lance dans la politique. » alors qu’elle va animer une émission…)se lance politique

Bref, Karine Le Marchand va présenter une émission politique sur M6 à la rentrée.

À première vue, ma réaction c’est WHAT. Mais je me dis eh, ssassetrouve, la Karine est calée en politique, et on le sait pas, c’est tout.

Eh ben j’ai rien trouvé sur le sujet, il semblerait quand même plutôt que non.

Alors d’abord, ça veut dire qu’aujourd’hui, ce n’est pas la maitrise de tel ou tel sujet qui prime, mais le capital sympathie d’un animateur.

Karine LeMarchand, elle est bien, côté capital sympathie. Elle nous a déjà vendu des couches (Les Maternelles) et des bouses de vaches (L’Amour est Dans le Pré), elle peut bien nous vendre de l’homme politique.

Campagne d'affichage M6 où on voit bien que Karine, elle est sympa.
Campagne d’affichage M6 où on voit bien que Karine, elle est sympa.

Et puis je lis  dans le papier :

Karine Le Marchand fera des interviews « comme elle sait le faire: un peu décalées et sur le ton de la confidence », a déclaré un porte-parole de M6 à l’AFP

Attatatata. Les interviews-confidence, c’est le moment où, assise sur une botte de foin cheveux au vent, Karine tente à demi-mot de faire avouer à l’agriculteur buriné qu’il est puceau, pour que la France entière puisse se moquer mais quand même tendrement du gaillard ? On va faire ça avec la politique ? Eh, bah ça va relever le débat, dis.

Mmm. Je suis pas certaine que ce soit de ça dont la politique ait besoin. Dans l’absolu, vouloir ré-intéresser le grand public à la politique, ça me paraît bien, d’accord. Mais… par l’émotion, la petite phrase, la confidence faussement glissée, la boulette reprise en gif dans les 20 secondes ? Par la mise en scène parfaitement maitrisée de l’homme ou la femme politique déambulant sur le marché et connaissant le prénom de la charcutière ? Est-ce qu’on s’en foutrait pas UN PEU, de faire de l’interview-décalée-confidence, dans le cadre de la politique ? Est ce que la politique, ce ne serait pas des putains d’IDÉES, quand même ?

Est ce que ça va vraiment redonner aux Français le goût de la politique de voir Karine Le Marchand partager un pain au chocolat avec un Jean-François Copé lui glissant la larme à l’œil que l’épisode dudit pain au chocolat lui a fait beaucoup de peine, lui qui a tant de respect pour les Musulmans, d’ailleurs viens Karine je te paie un libanais, tu vas voir, je tutoie le patron, si c’est pas une preuve ça ?

Si la politique ne fait plus vibrer les Français, c’est peut-être fondamentalement qu’à force de se faire prendre pour des cons, ça va peut-être aller merci. Je veux dire, si quand on élit un gouvernement socialiste, on se retrouve avec un état d’urgence à rallonge au nom d’une Sainte-Sécurité aussi liberticide que fantasmée, des noyés par milliers au bord de nos plages et une réforme du droit du travail que le texte, c’est le 50 shades of Grey du MEDEF, faut pas s’étonner que les Français aient qu’à moitié envie d’y croire.

Je sais, on jugera sur pièce, mais je ne crois pas une seconde que l’émission d’M6 contribuera à parler d’idées et d’idéaux, ni qu’elle intéressera les Français à la politique. Elle intéressera les Français aux « people » que sont les personnalités politiques, c’est tout, et c’est dommage, parce qu’une chaîne de télé a une grande responsabilité vis à vis de des gens qui la regardent, et que… bah non. Prétendre sauver la gastronomie en ouvrant un mcdo, je le sens pas.

People… c’est marrant, ce « people », qui désigne à l’origine la populace, le gens normal, et qui est devenu le terme qui définit justement quelqu’un de pas normal.

♫ Imagine all the people… *

*Imagine toutes les stars de téléréalité…

Bon, donc alors après l’amour est dans le pré, l’amour est dans les urnes. Dans la première, pas un instant on évoquait l’immense malaise relatif à la situation économique des agriculteurs, on ne s’intéressait qu’au petit bout glam-lol-bouse de vache de la lorgnette, peu de chances que dans la suivante on creuse davantage.

Tiens, quand on y pense, il y a bien un lien flagrant entre agriculteurs et hommes politiques auquel on pense tout de suite.

Salon de l’agriculture, Sarkozy, et Casse toi pauv’con. Beh oui.

Typiquement, une « petit phrase » pas si anodine certes, parce que traduisant le mépris présidentiel d’un homme arrogant, mais loin du débat de fond. Et dieu sait que des problèmes de fond, avec Sarkozy, il y en avait pourtant, mais voilà bien une preuve que tout nous pousse à commenter un quart de morceau de phrase hashtagable plutôt qu’un programme, et j’ai bien peur que l’émission politique de M6 ne fasse que conforter cette tendance au politainment. Si Sarkozy pouvait passer chez Karine Le Marchand en slip avec une pelle, à la limite, ce serait parfait.

Tiens, à propos de salon de l’agriculture, j’ai vu « La Vache » hier, et je vous préviens, je pense que dans 3 jours, il y a quatorze critiques acerbe avec une interview de sociologue-expert qui nous tuent le truc en taxant le film de vision postcolonialiste et de mythe du bon blédard et on peut plus le regarder sans culpabiliser de notre regard yabonbananisé. Du coup, allez vite le voir avant. Parce que c’est vrai, il y a certainement un peu de ça, et quand on rit du gentil naïf blédard qui parle avec un accent français à couper au couteau, pourquoi, vraiment, est-ce drôle ? La question mériterait d’être posée, mais il s’avère, cela dit, que ça l’est, drôle et que c’est un vrai film simple qui fait du bien, avec un héros vraiment attachant.

(Tout le contraire d’un prétentieux Deadpool, au héros faussement cynique, faussement complice, faussement drôle et au final franchement bof si vous voulez mon avis.)

Ou bien, non, n’allez pas au ciné. Parce que je vous préviens qu’il y tourne en ce moment une pub pour Kenzo, sous forme de court métrage du type chiant-mais-beau. Le truc dure DOUZE MINUTES. Douze. Bordel. De. Minutes. Je vous cache pas qu’à la cinquième fois, ça fait quand même vraiment péter un plomb. Et puis, merde, j’aime pas cette façon de faire passer des m&m’s pour des lanternes, faites nous une bonne vieille pub qui commence par une majscule, se termine par un point et balance du slogan qui tâche, et les vaches seront bien gardées.

Voilà, c’est ça mon combat de la semaine, rendez-nous les pubs magnum avec le fauteuil qui tourne et zou. Et puis tant qu’à faire, rendez-nous Allain Bougrain-Dubourg.

Tiens, je pense à un truc. Si dieu est amour, et que l’amour est dans le pré, on est d’accord que dieu est dans le pré ?

Non, parce que je verrais bien une émission présentée par Karine Le Marchand, avec dieu, en mode interview-confidence.

Il est comment, Saint-Pierre, au réveil ? Et vous ? Plutôt beurre ou confiture ? Netflix ou Djihad ?

L’amour de son prochain est dans le pré, ça s’appellerait.

Bon, et part ça, je ne sais pas ce que devient l’homme à la pelle. Mais j’ai trouvé ça.

Pelle

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5 réflexions au sujet de « Dans l’internet »

  1. Tu devrais lire le bouquin de Guillaume Erner « La souveraineté du people », il explique très bien en quoi les politiques ne sont plus jugés sur leurs compétences mais sur leur psychologie et leur vie privée. Churchill était alcoolo et insupportable mais il faisait du bon boulot, c’est tout ce qui comptait. Et chez De Gaulle, il n’y avait pas de Charles (je ne sais plus qui a dit ça), il n’y avait que le personnage public. Je ne voudrais pas passer pour une réac’ mais il me semble que c’était plus efficace et surtout plus facile à gérer pour les politiques en question.

  2. J’arrive biennnn après la bataille des commentaires (bataille si on veut, c’est une expression), mais ça : « Prétendre sauver la gastronomie en ouvrant un mcdo, je le sens pas. », je surkiffe comme diraient les copains de ma fille….
    Et le reste aussi, je partage totalement l’analyse de l’auteur, parfaitement (sinon il y a de chouettes émissions animalières sans présentateur, mais avec une belle voix off, sur planète, notamment, si les émissions animalières vous manque….Et je ne parle pas de secret story).

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