Les problèmes.

J’ai lu plusieurs papiers qui tentaient de refléter le problème. Le problème, bien sûr que c’était le dernier attentat en date, mais c’était aussi, plus insidieusement, qu’il faille désormais préciser lequel. Le problème, c’était que le choc se teintait d’habitude, voire honteusement ; de quasi-lassitude. Le problème, c’était qu’une horreur isolée, on pouvait encore finir par la digérer, mais là, à force, on était drôlement ballonnés.

C’est moche, ballonné, quand il y a des morts et du sang, c’est mesquin, évidemment.

Le problème, c’était qu’on se détestait de se voir tomber dans la routine de l’attentat, de voir qu’on y avait nos habitudes, Jean-Mi, je te sers comme d’hab ? Oui, voilà, mets moi une récup raciste, deux textes de lois ultrasécuritaires, et un débat niveau CE2 sur le rétablissement de la peine de mort dans les coms facebook, comme d’habitude. Et puis comme d’habitude, tu me mettras du hoax, du complot et une photo gore dont on s’offusquera de la diffusion. Et puis, tu me mettras un slogan qui pète avec un dessin, un truc belge là, des frites ou quoi, des bières stuveux. Ah non, la bière, ça fait #jesuisterrasse, un peu, reste plutôt sur les frites, on va se mélanger les pinceaux, sinon. Non, pas vraiment les pinceaux hein, ça fait Charlie.

C’est là-dessus que j’ai lu plein de trucs. Sur la course au nouveau « Je suis charlie », le concours de celui qui se fendrait du logo d’attentat qu’il serait le plusse mieux. Il faut dire que ce bout de la lorgnette était assez révélateur du problème suscité, celui que les attentats et nous ça devenait un vieux couple qui ne fait plus trop l’amour mais sait d’avance ce que l’autre va vouloir regarder à la télé.

J’ai vu, donc, quelques papiers retraçant sous forme de diapo, de top, ou d’analyse, les dessins de presses et montages élévés au rang de wannabe-je-suis-charlie. On s’y prenait la tête, un peu, à savoir si les uns ne cherchaient pas à se faire de la pub en publiant un dessin de frites en forme de doigt d’honneur, si les autres avaient le droit ou pas de dessiner Tintin, si untel et trucmuches ne s’étaient pas copiés en dessinant le Manneken Pis, si les moules contre les kalachs c’était impactant ou pas. Bref, on cherchait l’image qui rassemblerait, et si on ne la trouvait pas vraiment, c’est sûrement parce qu’aussi cruel et terrible qu’il soit de le constater, nos premiers émois de victimes du terrorisme s’étaient un peu émoussés, et que rest in peace la spontanéité. Mais on en avait besoin, de se regrouper sous un drapeau, alors on y allait quand même de notre frite levée bien haut en hommage, de notre drapeau belge de solidarité, de notre dessin de plantu, de notre Tintin qui chiale. On trouvait pas, mais on le cherchait, notre symbole. Notre image, qui ne changerait rien mais nous ferait un peu de bien.

Et puis, Johnny est arrivé.

Comment je me suis retrouvée sur le compte Twitter de Johnny, c’est une autre affaire. Mais visiblement, les grands médias étaient passés à côté de ça : Johnny, lui, avait trouvé.

Johnny avait tenu a rendre hommage, Johnny avait posté une image.

Des frites ? Un Peace&Love ? Des crayons contre des kalach ? Lalalalala, non, non.

Johnny a posté une photo de lui.

johnny_belgique

 

Moi, j’ai pas compris.

D’un autre côté, je ne suis plus trop sûre de comprendre grand chose.

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6 réflexions au sujet de « Les problèmes. »

  1. Notre Johnny est né Belge sous le nom de Jean-Philippe Smet, là est le secret.

    Perso, cet attentat m’a fait du chagrin parce que Bruxelles, j’y étais il y a à peine quinze jours. La Belgique, c’est ma deuxième maison. Et je me sens un peu obligée de me justifier quand je dis que « je suis Bruxelles », mot dièse, tout ça machin, parce que pour moi c’est pas de la récup pour faire comme tout le monde. J’ai eu les miquettes pour mes potes, heureusement ils vont tous bien. Cela dit, du coup, que les gens sortent les flonflons comme après le Bataclan/stade de France/cafés/Charlie, ça me laisse perplexe. Y a des gens, on sait qu’ils sont solidaires et tout, mais ceux qui font « pour faire comme tout le monde » et qui expriment en passant leur racisme rampant… ça pue du slip, sérieux.

    Pis j’ai pas mis de photo de frite. J’ai photographié des cuberdons, c’est des bonbons qu’on ne trouve que là-bas. Non mais.

  2. J’pense qu’il faut pas trop ce prendre la tête avec tout ça. Que ça soit des célébrité / politicien / journaliste comme des bonshommes / internautes / twittoss / jeunes, à peu prêt tout le monde a un avis, un com ou un truc a dire et comme internet permet de le dire, on va pas s’priver.

    Média oblige, quand on sais pas quoi dire sur le sujet, autant aller piocher sur ce qu’il se dit ailleurs, c’est facile et ça nous donne un aire ingélitent. Pardons, inlétigent. Ou Intelligent je sais plus.

    Bref, je prêche ma bonne parole ma bonne dame (mais z’êtes pas obligé de faire comme moi) : Plus de TV, je ne suis personne sur Twitter, je vais vaguement me tenir en contact sur FB (je préfère un bon vieux Texto), j’évite les autres formes de réseaux ; avec ça j’ai pu éliminer 80 % de la production de bêtise qui polluait mes journées jusqu’alors. Comme je n’ai pas besoin de suivre une actualité à la minute près (mes collègues de bureau le faisant souvent pour moi), j’ai choisit la radio public que je n’écoute que sous forme de podcast (donc généralement décalé d’un jour) : La matinale + des émissions thématiques (scientifique, éco, média). D’autres podcast et des flux d’actualités plus spécifiques enrichissent mes journées, mais je préfère payer pour eux. Pour le divertissement, le YouTube Français est encore pas mal 😀
    Conclusion : Avec Internet (et un bon forfait 3G), vous avez le pouvoir de commander votre manière de consommer !

  3. Johnny, c’est notre Chuck Norris national. Quoi de plus réconfortement que son existence-même ? Merci Johnny !!!

    « Bref, on cherchait l’image qui rassemblerait, […] que rest in peace la spontanéité. »

    Et merci pour cette phrase, Claire, qui met des mots sur ce que je n’arrivais pas à formuler.

    RémiZ

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