Je porte la Burqa

Je porte la Burqa10h05. Burqa Yoyo, qu’est ce que t’as sous ton grand chapeau ?

Bien sûr que vous êtes contre la burqa.

Contre toutes les oppressions subies par les femmes.
Bien sûr, on reproche à la burqa d’être un signe ostentatoire d’humiliation.
Et puis si on tolère ça, bientôt les hommes promèneront leurs femmes voilées en laisse, de peur qu’elles ne s’échappent, ne sautent dans une voiture fonçant jusqu’en Espagne et se transforme en gogo danceuse à mi-temps et journaliste révotionnaire de l’autre. Il faut avouer que ça a de quoi faire flipper. Mais que pour la partie journaliste révolutionnaire, sans le droit d’aller à l’école, ça s’annonce compliqué.

En grandissant dans un cocon occidental emprunt d’athéisme et avec une carte de bibliothèque, vous détestez forcément la burqa. Et le symbole qu’elle est. Ce tissu qui annonce l’assouvissement de la femme aux hommes, son infériorité, qui brandit comme un étendard l’accord tacite des femmes à se plier à ce que l’homme veut qu’elle soit, à se taire, à obéir, à n’être que que la molle marionnette d’une bande de beaufs pour qui le fait d’être doté d’un pénis équivaut à mériter le titre de roi du monde.

Vous dites ça, et vous reprenez un cosmo. Parce que Sex&The City vous a appris que c’était le meilleur cocktail pour filles.

Vous enfilez une mini-jupe en jean. Parce que Glamour vous a appris que c’était l’accessoire tendance de la saison.

Vous parlez de cul entre copines. Parce que M6 vous a informées que votre génération était libérée.

Vous voulez gagner du fric, plus de fric. Parce qu’Emmanuel Chain vous a prouvé que les riches hommes d’affaires se prenaient des vacances de bataaaard 6 mois sur 12 à Dubaï.

Vous passez à la télé. Parce que Voici vous a prouvé qu’être reconnu dans la rue c’était exister.

Vous faites un gosse mais vous retournez bosser à peine la césarienne recousue. Parce que Rachida Dati vous a démontré qu’une femme  moderne est capable de tout faire.

Vous voyez le voile sur la tête de votre voisin, mais pas la frange Kate Moss/Boucles d’oreilles Dior/Serre-tête Diesel qui est sur la vôtre.

Boire des Cosmo à Dubaï, il y a pire comme image de l’esclavage.
Il n’en reste pas moins que stresser parce qu’on va voir vos 3 kilos en trop en maillot cet été, c’est cautionner qu’une seule image parfaite de la femme existe, et que le destin de toutes les autres est d’y ressembler au plus près. Et même si cette image de femme parfaite n’est pas voilée, même si cette femme à qui vous voulez ressembler est Carrie Bradshaw, elle reste un modèle unique façonné par d’autres que nous tentons naïvement et désespérément de copier sans jamais voir à quel point nous ressemblons à ces femmes voilées, aveuglées par un matraquage religieux qui portent la burqa « parce qu’elles le veulent bien ».
En plus, si ça se trouve, c’est un gros blaireau qui a décidé à quoi ressemblait la femme idéale.
Vous y penserez parfois, maintenant. Faire le régime super-protéine sans oeuf vitamines B76 du dernier Elle, c’est un peu porter la burqa.
Voilà.

Post to Twitter